Les secrets d'Emmaüs.

 

Quand on lit l'évangile, on est surpris du nombre de fois que Jésus nous invite à la prière. D'abord lui-même priait beaucoup ; des nuits entières nous dit Luc (Lc 6, 12). Il nous a même laissé une prière, le « Notre Père», prière courte et simple, mais combien riche en contenu, qui a inspiré et qui inspire encore des générations de chrétiens. La prière est source d'une infinité de bienfaits et, tous ceux qui y sont fidèles le savent bien et ne voudraient pas abandonner cette pratique. Quand on y a goûter on ne peut plus s'en passer ; un jour sans prière est un jour vide et triste. Alors s'il en est ainsi, pourquoi tant de chrétiens ne prient-ils pas ? Après tout prier est un acte d'amour et s'il y a de l'amour pourquoi n'y aurait-il pas de joie ? Cela surprend peut-être, mais c'est la vérité, il y a même beaucoup de joie et c'est de la joie qui ne coûte rien, contrairement à toutes celles que nous nous accordons et qui dévorent notre portefeuille. « Tes amours sont plus délicieuses que le vin. » disait la Sulamite. Ct 1, 2.

L'évangile demeure le plus beau livre de prières. Pour les personnes en quête de spiritualité c'est là qu'il faut aller. Et pour illustrer cela je choisis la belle scène des disciples d'Emmaüs (Lc 24, 13-32). Cette scène  nous éclaire beaucoup sur la prière. Suivons-en attentivement le récit :

 

1-    « Jésus en personne s'approcha et fit route avec eux. » C'est Jésus qui fait les premiers pas, et à l'improviste, comme un voleur (Mt 24, 43). De plus, il le fait sans se lasser, il frappe continuellement à la porte de tout chrétien et attend qu'on lui ouvre. Il suffit d'un peu de recueillement et l'heureuse rencontre se fera à notre grand étonnement.

2-     « Il leur interpréta dans les Ecritures ce qui le concernait. » C'est la communication divine. Merveille des merveilles qui nous prouve que Dieu n'a jamais abandonné sa créature après la faute. C'est une communication secrète que Dieu fait à l'âme lorsque, dans la prière, elle place son regard en Lui. Regard qui se fait en solitude donc à l'absence  de toutes distractions. 

3-    « Il nous parlait en chemin. »  Jésus nous accompagne dans notre cheminement spirituel, et cela durant toute notre vie. Il vient et il part, car cette vie comporte des hauts et des bas (Jn 16, 16), mais toujours il est là et, si par malheur il semble absent, c'est qu'il est auprès du Père et qu'il prie pour nous.

4-    « Quand ils furent près du village ou ils se rendaient, il fit semblant d'aller plus loin. »  Ce geste bien qu'anodin de la part de Jésus, crée en nous un pincement de cœur qui augmente notre désir d'aimer. C'est comme deux amoureux qui n'arrivent pas à se séparer car ni l'un ni l'autre ne désirent  rompre l'entretien. Chacun pressent la blessure que va causer la séparation.

5-    « Une fois à table, prit le pain, le rompit et leur donna. » Le repas avec Jésus, c'est la récompense promise à ceux qui persévèrent dans la prière. C'est là, la joie parfaite. Le voile qui nous cachait le mystère du Pain de vie se lève petit à petit et nous laisse entrevoir quelques uns des trésors que contient le sein de Dieu.

6-    « Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent…mais il avait disparu. » Encore ici, le départ de Jésus cause à l'âme une blessure, mais cette fois, elle est beaucoup plus grande parce que les disciples savent maintenant que leur compagnon c'était Jésus. Cette douleur cependant va créer en l'âme une soif d'aimer qui,  un jour, sera satisfaite au centuple. C'est là sa manière à lui de nous conduire vers le bonheur qu'il nous a promis. Mt 5, 1-11.     

 

Quand tu pries ton âme est radieuse ;

Vers Dieu, elle vole toute heureuse.

Elle s'échappe de l'enclos

Pour trouver enfin le repos.

 

André Paradis, St-Jovite.